Le toponyme Bergeronnes nous ramène à l’époque de la Nouvelle-France alors que Champlain baptise les rivières Petites et Grandes Bergeronnes, pour invoquer les bergeronnettes, de petits oiseaux qu’il avait remarqués lors de son passage.

Il y a là deux rivières : celle des Petites-Bergeronnes avec une vallée et une plaine fertile et les Grandes-Bergeronnes, une rivière peu profonde qui se sépare en deux bras tout près de l’embouchure.
Photo : © Amédée Gagnon, ptre

Il ne s’y passe rien avant 1842 car sous l’ancien régime du Domaine du Roi installé à l’époque de la Nouvelle-France, on a interdit tout peuplement pour les non-autochtones. Mais à compter de l’abolition du système à l’automne de cette année-là, différentes personnes vont s’intéresser au site. Dès 1843, Simard, un homme d’affaires de La Malbaie, se lance dans la colonisation de la vallée des Petites Bergeronnes et fait construire une scierie en amont de la rivière. Il revend le tout à son beau-fils quelques années plus tard.

Vers 1850, un autre financier, Charles Pentland, construit une scierie sur le plateau dominant les Grandes Bergeronnes. Monsieur Pentland construit aussi une petite chapelle au centre de la paroisse. Au début, c’est pauvre, les affaires sont plus ou moins bonnes et la chapelle n’est même pas finie. Un missionnaire rapporte qu’il craint que le vent n’enlève l’hostie lors de ses messes dans le bâtiment ouvert aux quatre vents.

Dans les décennies suivantes, on commence à s’organiser un peu mieux : l’église est rénovée et une paroisse se crée autour de quatre pôles : les Petites-Bergeronnes avec son petit peuplement agricole et sa scierie qui fonctionne plus ou moins régulièrement et les Grandes Bergeronnes où quelques colons s’installent dans les années 1880. Un troisième secteur agricole se développe à Bon-Désir, du côté Est, un site reconnu de chasse aux loups-marins. Enfin un quatrième pôle, purement agricole, se développe avec l'ouverture de la « concession St-Joseph », une série de fermes développées dans l’arrière-pays.

Photo : © Victor Guay & Fils LtéeLe village se développe à tel point qu’en 1889 un curé s’installe dans la chapelle rénovée et, en 1897, une corporation municipale est mise sur pied. Une séparation survient en 1929 : il y aura une municipalité Canton Bergeronnes et une autre Bergeronnes Village.

Dans les années 30, le village agricole des Bergeronnes vit un problème de surpopulation. Avec la crise économique, le travail forestier ralentit et beaucoup de jeunes vont s’établir plus au nord, à Ste-Thérèse-de-Colombier et à Manicuoagan, où ils profitent de terres gratuites offertes par le gouvernement.

Deux personnalités vont influencer profondément l’évolution plus récente du village. Le premier est le curé Joseph Thibeault, nommé en 1928, qui multiplie les initiatives pour moderniser le village. Il organise des conférences sur l’agriculture, démarre une ferme modèle et un poulailler; il achète même un étalon pour améliorer le cheptel local. Pour faciliter les communications, il fonde même une compagnie aérienne : « Bergeronnes Air Service » avec pilote et avion! En manque de mécaniciens, il crée une école technique pour en former sur place.

Le curé suivant, dans les années 50, laisse aussi sa marque mais dans le domaine institutionnel. Donat Gendron agrandit l’école d’arts et métiers héritée du curé Thibeault et ajoute une école commerciale, puis un couvent avec un pensionnat. Il accumule les subventions avec succès. Dans les années 60, il parraine la levée de fonds pour ériger un Centre des loisirs et, par la suite, une résidence pour personnes âgées baptisée « Foyer Mgr Gendron ». La création de la polyvalente dans les années 80 confirme la vocation institutionnelle du village.
Photo : © Amédée Gagnon, ptre

Les années 80-90 voient l’entrée en scène massive du tourisme dans l’économie villageoise. Le village est un des premiers à se lancer dans les visites aux baleines. Il y aura plus tard la création du Centre Archéotopo, un centre d’interprétation sur l’archéologie qui abrite aussi une marina.

Source : Pierre Frenette, historien, Baie-Comeau.


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